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Gérer les écrans avec un adolescent : astuces concrètes

Par Maxime
6 minutes

Comprendre le rapport des ados aux écrans : la clé pour agir efficacement


L’adolescence est une période d’exploration et de prise d’autonomie, et le numérique y joue aujourd’hui un rôle central. Smartphones, tablettes, jeux vidéo, réseaux sociaux, devoirs en ligne : difficile de tracer une frontière nette entre loisir, lien social et travail scolaire. Pour beaucoup de parents, gérer la place des écrans avec un ado relève du casse-tête. Pourtant, quelques repères permettent de passer à l’action, sans conflit ni déni de réalité.

  • Ecrans = usages multiples : récréation, création, communication, apprentissage.
  • Besoin d’autonomie vs. encadrement parental : l’ado cherche à se démarquer, tout en ayant besoin de règles claires.
  • Rythme interne propre : le soir, le week-end ou parfois en pleine nuit… la tentation du « always on » est forte.

C’est pourquoi la gestion des écrans ne relève pas d’un simple « oui/non », mais d’un accompagnement réfléchi, adapté à la réalité de chaque famille.

Identifier les bons usages et détecter les signaux d’alerte


Avant de poser des règles, il est crucial de distinguer ce qui relève d’un usage équilibré et ce qui signale un déséquilibre. Être souvent connecté n’est pas nécessairement problématique : tout dépend des contenus, des horaires et de l’impact sur la vie quotidienne de l’adolescent.


  • Usage positif : échanges entre amis connus, création de contenus artistiques, recherches pour les devoirs, détente picturale ou musicale, jeux modérés.
  • Signaux d’alerte : isolement croissant, troubles du sommeil, chute des résultats scolaires, perte d’intérêt pour toute autre activité, irritabilité inhabituelle, refus d’interrompre l’écran même brièvement.

N’hésitez pas à dialoguer régulièrement sur les habitudes numériques familiales : « C’est quoi ta vidéo préférée du moment ? », « Comment te sens-tu quand tu quittes ton téléphone ? » sont de bons points de départ.

Fixer des règles claires et négociées : mode d’emploi


Les règlements imposés d’en haut ont peu de chance de survivre plus de trois jours. Impliquer l’ado dans la définition des limites, c’est déjà l’aider à en comprendre le sens. Voici les piliers à poser :


  • Plages horaires « off » : sans écran lors des repas, avant le coucher (idéalement, pas d’écran au moins 45 minutes avant de dormir), ou à certains moments de la journée (temps familial, activité sportive…).
  • Utilisation raisonnée pendant les devoirs : smartphone écarté, à portée pour les recherches ou outils pédagogiques uniquement.
  • Lieux « sans écran » : évitez la chambre la nuit, privilégiez un coin commun ou une table neutre pour l’ordinateur familial.
  • Temps total quotidien : selon l’âge, l’emploi du temps et la semaine : chaque famille trouvera son compromis (exemple : 2h en semaine hors devoirs, 3h le week-end – à ajuster avec l’ado).

Misez sur un document écrit ou affiché, qui pourra évoluer après debrief régulier. 


Construire l’autonomie numérique : responsabiliser plutôt que fliquer


L’essentiel est d’aider l’ado à développer son propre sens des limites et à réguler ses habitudes. Difficultés de concentration, envie irrépressible de consulter son mobile, sommeil perturbé… Apprenez-lui à s’auto-observer et à ajuster ses comportements.


  1. Cofixer (et pas imposer) : « À quel moment as-tu envie de déconnecter ? », « Quelles applis te prennent le plus de temps ? »
  2. Installer des outils « copilotes » : application de suivi du temps, mode « concentration », agendas de révision numériques partagés, alertes automatiques de dépassement d’horaire.
  3. Valoriser les pauses numériques : challenge « 1h sans écran » sur toute la famille, proposition d’activité sportive ou cuisine en binôme, moments cultes sans smartphone.
  4. Débriefer sans dramatiser : revenir sur une soirée de dérapage (films jusqu’à 3h du matin ?) pour identifier ensemble ce qui coince, sans humiliation ni sanction immédiate.

Oser le dialogue « écrans » : des portes à ouvrir (sans tabou)


Votre ado ne dira pas spontanément s’il a vu un contenu choquant, s’il subit une pression sur un réseau ou s’il se sent accro. Initiative parentale indispensable ! Voici quelques pistes pour installer un climat de confiance :


  • Parlez de vos propres usages et de vos difficultés (« Tu sais, parfois moi aussi je me laisse happer »).
  • Posez des questions de curiosité (« Qu’est-ce que tu trouves cool sur cette nouvelle application ? » plutôt que « Je ne comprends pas pourquoi tu y passes tant de temps »).
  • Ouvrez la porte au secours (« Si jamais tu tombes sur quelque chose qui te met mal à l’aise ou qui te choque, même si tu as peur qu’on te dispute, on en parlera sans te punir »).
  • Intéressez-vous aux usages collectifs (jeux en ligne avec des amis, challenges sur TikTok en famille…) plutôt que seulement aux mauvais exemples du net.

Aménager l’environnement familial pour faciliter la « déconnexion »


Plus facile de couper les écrans quand l’environnement le permet. Quelques points à penser :


  • Zone « recharge et dépôt » : un espace où toute la famille laisse téléphones, ordis et tablettes à certaines heures (panier au salon, table d’entrée…).
  • Veiller à la cohérence parentale : pas de téléphone à table pour les adultes non plus, ni de « juste un mail » qui dure une demi-heure…
  • Prévoir des alternatives faciles : jeux de société en accès direct, livres, matériel de dessin, playlists musicales, recettes simples pour se lancer ensemble.
  • Permettre des « badges exceptionnels » : soirées films-pizza, session de jeu vidéo partagée, marathons séries ponctuels… tant que cela reste l’exception, le plaisir est d’autant plus fort.

Éviter les pièges courants… et rebondir malin


  • Surveiller en douce : crée la défiance et encourage le contournement (faux comptes, navigation en mode caché…)
  • Interdire totalement ou couper l’accès brutale : peut générer frustration, repli, ou fuite vers d’autres écrans hors de la maison.
  • Brandir la sanction comme seule arme : privilégiez plutôt la discussion sur les conséquences (sommeil, forme, devoirs), et modulez la restriction d’accès uniquement en cas de franchissement répété de règles explicitement posées.
  • Ignorer la réalité du numérique scolaire : validez avec l’ado ce qui relève des devoirs, ce qui peut se faire sans écran, ce qui reste à imprimer ou consulter « en vrai ».

Check-list action : pour avancer en famille sans prise de tête


  1. Brainstormer les règles avec l’ado : une réunion mensuelle de 20 minutes suffit, chacun expose ses attentes.
  2. Noter et afficher le « code écran » dans la pièce commune.
  3. Mixer pauses obligatoires et plages libres : 1h sans écran après les cours ? 30 min de jeu vidéo avant le dîner ?
  4. Lancer un challenge sans écran (toute la famille) un soir par semaine.
  5. Confier la gestion de certains créneaux à l’ado : il note lui-même son temps sur une appli, propose une soirée « détox » ou présente son appli favorite à toute la famille.
  6. Vérifier les modalités techniques : activation du mode nuit, gestion des notifications, réglage du Wi-Fi pour l’arrêt automatique la nuit.
  7. Faire le point tous les mois sur le ressenti : « C’était plus facile / plus dur que prévu ? »
  8. Prévoir un « droit à l’erreur » : chaque famille teste, ajuste et recommence sans dramatiser. L’important n’est pas la perfection, mais la constance.

Paroles d’ados et de parents : retours d’expérience express


  • « On a supprimé les portables à table mais je gère ma playlist pour le dîner. J’ai le droit si je coupe après. » (Émilie, 15 ans)
  • « Mon père a accepté qu’on ait deux soirs par semaine où je joue à la console après les devoirs, mais sinon c’est tous ensemble ou rien. Ça calme les disputes. » (Hugo, 13 ans)
  • « J’ai trouvé que parler franchement des vidéos qui choquent, c’était plus efficace que de tout interdire – ma fille ose me demander conseil, même sur des sujets sensibles. » (Nathalie, maman de deux ados)
  • « Les applis de suivi du temps m’aident à mieux gérer sans tomber dans le piège du « encore cinq minutes ». » (Lucas, 16 ans)

Ressources utiles pour aller plus loin en famille


  • Applications de gestion parentale : Family Link, Qustodio, Screen Time – pour cadrer sans espionner.
  • Sites de conseils et de prévention : InternetSansCrainte.fr, 3018.fr (cyberharcèlement, conseils d’usage responsable), Pédagojeux.fr.
  • Podcasts et chaînes Youtube : « Les Bons Profs du Web », « Geek Junior », « La Famille Tout-Écran » (tutos, décryptages d’applis…)
  • Livres & outils d’accompagnement : « Dans la tête de mon ado » (Didier Pleux), guides d’éducation numérique en bibliothèque ou en ligne.

En synthèse : poser un cadre, pas ériger un mur


Gérer les écrans avec un adolescent, c’est avant tout ajuster le curseur du dialogue, de la confiance et du réalisme. Proposer des règles claires, laisser une part à la négociation et à l’erreur, favoriser les échanges sur le quotidien numérique : autant d’astuces concrètes pour accompagner sans braquer. En famille, testez, adaptez, échangez – sur sortiesenfamille.fr, retrouvez d’autres checklists, témoignages et guides pour des écrans bien maîtrisés… et un climat plus serein à la maison. 


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