Ados

Quand et comment parler des addictions avec son ado

Par Maxime
6 minutes

Pourquoi évoquer les addictions à l'adolescence ?


L’adolescence est une période charnière, faite d’expérimentations et de questionnements. Confrontés à de nombreux changements physiques, psychiques et sociaux, les ados recherchent souvent des repères, testent leurs limites et veulent s’affirmer. C’est aussi à cet âge que la curiosité envers le tabac, l’alcool, le cannabis, les jeux vidéo ou d'autres substances ou comportements peut émerger.

La majorité des premiers usages sont constatés entre 13 et 17 ans. Pour certains jeunes, il ne s'agira que d'une expérience isolée. Pour d’autres, des risques d’addictions peuvent se profiler, surtout si le dialogue avec les adultes fait défaut ou quand l’ado ne se sent pas écouté dans ses difficultés.

Parler des addictions, c’est donc prendre soin de la santé de son ado, mais c’est aussi lui donner des clés pour comprendre, faire des choix et s’ouvrir en cas de besoin.


À quel moment aborder la question ?


Il n’y a pas de « bon » ou « mauvais » moment unique. Cependant, certains contextes facilitent la discussion :


  • Dès la fin de l’enfance : On peut commencer à évoquer de manière simple les dangers du tabac ou de l’alcool dès la préadolescence, bien avant l’entrée au collège.
  • À l’occasion d’un événement ou d’une actualité : Une campagne de prévention, un reportage, un fait divers, ou le souvenir d’une soirée où l’alcool a été évoqué.
  • Quand votre adolescent soulève le sujet : Même timidement, s’il vous interroge sur une rumeur d’école, une expérience d’un copain, des comportements vus chez un proche. C’est le moment idéal pour ouvrir le dialogue sans dramatiser.
  • Quand un changement de comportement apparaît : Isolement, irritabilité, sautes d’humeur, baisse de résultats scolaires ou d’appétit, peuvent servir d’alerte pour aborder les risques ou questionner chaleureusement l’ado sur ce qu’il vit.

Plus le sujet est traité tôt, dans un climat de confiance et en dehors de toute urgence, plus il sera facile à votre adolescent d’en reparler par la suite.


Comment aborder le sujet sans braquer son ado ?


  • Évitez l’effet « interrogatoire ». Privilégiez le dialogue à sens multiple, les questions ouvertes, les anecdotes. Préférez : « Est-ce que tu as entendu parler de… ? », « Qu’est-ce que tu en penses ? » plutôt que « Tu ne fumes pas hein ? ».
  • Choisissez un moment propice, sans stress ni pression immédiate, lors d’une balade, d’un trajet ou d’un repas partagé.
  • Montrez-vous disponible et à l’écoute. Laissez votre ado s’exprimer, sans couper sa parole, même si vous n’êtes pas d’accord avec son point de vue.
  • Ne diabolisez pas. Parlez des réalités, des chiffres, des conséquences, mais aussi de la notion de plaisir, du groupe et de la pression sociale. L’objectif est de l’aider à comprendre ce qui l’attire ou le gêne, pas de faire peur à tout prix.

Favorisez surtout la confiance : montrez que, quel que soit le problème, il ou elle pourra toujours venir en parler sans crainte de sanction immédiate ou de jugement définitif.


Quels sont les risques à expliquer ?


  • Tabac : Accoutumance très rapide, effets à long terme sur la santé dès le premier joint ou la première cigarette, perte du goût et de l’odorat, contrainte sociale (coût, odeurs, dépendance).
  • Alcool : Risques immédiats d’accident, de comas éthyliques, de conduites à risque, accoutumance insidieuse, altération du jugement, complications cérébrales chez l’ado dont le cerveau est en développement.
  • Cannabis : Troubles de la mémoire, de la concentration, risques d’accident, repli social, troubles du sommeil, anxiété et dépression, dépendance forte parfois sous-estimée.
  • Jeux vidéo, jeux d’argent, réseaux sociaux : Perte de contrôle du temps passé, repli social, impact sur le sommeil, les résultats scolaires et la santé mentale.

Ne pas hésiter à rappeler que les addictions ne sont pas que « chimiques » (liées à une substance), mais qu’elles peuvent concerner aussi des comportements (écrans, jeux, achats, etc.).


Ce qui fonctionne pour prévenir ou limiter les risques


  • L’exemple parental : Montrez l’exemple (modération ou non-consommation) lors de vos temps familiaux. Évitez les doubles discours : un « ne bois pas » en servant systématiquement de l’alcool à chaque repas paraît contradictoire.
  • Le dialogue régulier : Plutôt que des grandes discussions solennelles, des échanges réguliers, naturels sur ce qui se passe à l’école, dans la société, parmi les amis.
  • L’identification des situations à risque : Apprenez-lui à repérer les contextes où la pression du groupe s’exerce, et à trouver des stratégies pour dire non sans perdre la face (excuses, humour, soutien d’un ami).
  • L’accompagnement dans les sorties : Discuter des soirées, fêtes, permissions en amont, fixer des règles réduisant les risques (heures, accompagnement, numéro d’urgence en cas de besoin), tout en manifestant la confiance dans ses choix.
  • Valoriser les activités épanouissantes et alternatives : Encourager sport, culture, bénévolat ou passions qui donnent sens, confiance et estime de soi ; ces facteurs protègent du passage à des conduites à risques.

Que faire si on soupçonne un début d’addiction ?


Aucun parent n’est à l’abri d’être confronté à l’usage répété, ou à l’entrée dans une addiction. Des signes doivent alerter : changement brutal d’humeur, désintérêt pour les activités habituelles, demande récurrente d’argent, mensonges, objets suspects retrouvés, isolement progressif…


  • Gardez votre calme et privilégiez le dialogue : Exprimez vos inquiétudes, montrez que vous n’êtes pas là pour juger ou punir mais pour comprendre et soutenir.
  • Posez des questions simples : « Tu as l’air préoccupé ces temps-ci, est-ce que tu veux m’en parler ? », « Tu sais, il y a des périodes où on peut perdre pied, moi aussi ça m’est arrivé… »
  • Proposez d’en parler à un tiers : Parfois, l’ado préfère confier à un adulte autre (médecin, infirmier·e scolaire, association, psychologue) ses difficultés. Valorisez ce recours externe plutôt que l’enfermer dans le secret ou la honte.
  • Évitez toute stigmatisation ou moralisation excessive. Préférez la responsabilisation : « Que pourrais-tu faire pour aller mieux ? Comment puis-je t’aider ? »

Outils concrets pour aborder le sujet


  • Supports externes : Utilisez les vidéos, podcasts, reportages ou quizz disponibles sur des sites officiels (addictions.fr, drogues-info-service.fr, e-enfance.org…). Ces supports permettent de poser les bases d’un dialogue informé.
  • Activités partagées : Organisez des moments où toute la famille se réunit sans écran, sans alcool, pour expérimenter que l’on peut se détendre et s’amuser « sans ».
  • Jeu de rôle : Envisagez des mises en situation ludiques avec votre ado sur la façon de refuser une proposition, ou de gérer une situation de pression sociale. Le faire « pour de faux » aide à mieux oser dans la vraie vie.
  • Checklists de prévention : Proposez à l’ado de co-créer une liste « Mes limites », « Mes solutions en soirée »… à afficher ou consulter lorsque le besoin s’en fait sentir.

Pièges à éviter lors des discussions


  • Éviter tout discours culpabilisant : Ne commencez pas par « Si jamais tu fais ça, tu me déçois ! » ; préférez un message de soutien inconditionnel.
  • Ne pas minimiser ses propos : Si l’ado raconte qu’il ou elle a vu, ou testé, « juste une fois », il est important d’ouvrir le débat plutôt que d’ignorer.
  • Évitez la confrontation frontale : L’annonce d’une sanction immédiate ferme le dialogue. Fixez plutôt, ensemble, des règles ajustées (sorties, temps d’écran…) tout en exprimant ce qui vous inquiète et pourquoi.
  • N’attendez pas la crise pour agir : Instaurer des discussions régulières sur la santé, le bien-être, la gestion du stress, crée un climat sécurisant pour affronter toute difficulté.

Témoignages de parents et d’ados : ils témoignent


  • « J’ai longtemps cru qu’en étant trop stricte, mon fils ne toucherait jamais à rien. C’est quand il a vu que je pouvais en parler calmement qu’il a osé me dire que certains de ses amis fumaient. Depuis, on échange beaucoup plus facilement. » (Cécile, maman d’un lycéen)
  • « J’ai eu peur d’avouer à mon père que j’avais bu en soirée ; il m’a juste demandé si ça avait été, si j’avais respecté mes limites, et m’a rassuré que ça pouvait arriver. Après, il m’a proposé qu’on réfléchisse à des astuces pour éviter les excès. » (Lucas, 16 ans)
  • « Pour éviter la dramatisation, on a instauré chez nous la ‘soirée sans’ (sans alcool, sans écrans). Les ados râlent parfois… mais jouent le jeu, et on discute mieux. » (Rachel, famille recomposée)

Mini-checklist : 5 clés pour un dialogue réussi


  1. Privilégier l’écoute, la confiance, la bienveillance, sans tabou ni sous-entendus.
  2. Valoriser l’autonomie et la capacité de l’ado à faire ses propres choix responsables.
  3. Multiplier les formes de discussion : balades, repas, moments partagés – pas seulement au moment d’une crise.
  4. S’informer ensemble avec des ressources fiables et adaptées à l’âge.
  5. S’entourer – en cas de difficulté – d’adultes relais (médecin, conseiller, association).

En résumé : instaurer un climat propice à la prévention


  • L’abord du sujet des addictions nécessite bienveillance, lucidité et accompagnement, sans laisser place ni à la panique ni au déni.
  • Le dialogue doit être ouvert, récurrent, sans jugement : c’est l’outil le plus efficace pour protéger, guider, et aider son ado à traverser ce cap en toute sécurité.
  • Pour aller plus loin, retrouvez sur sortiesenfamille.fr nos ressources d’information, fiches pratiques et retours d’expérience pour accompagner au mieux vos ados vers l’autonomie et la santé, au présent comme sur le long terme.

Articles à lire aussi
sortiesenfamille.fr