Comprendre le défi des premières séparations : un cap essentiel pour toute la famille
Voir son bébé découvrir le monde sans soi, même pour quelques instants, est une expérience aussi forte que bouleversante pour de nombreux parents. Que ce soit le premier jour chez la nounou, à la crèche, lors d’une garde ponctuelle chez des proches, ou la toute première nuit loin de la maison familiale, la séparation soulève son lot d’émotions et d’interrogations. Bébé pleurera-t-il ? Va-t-il comprendre que vous revenez ? Est-ce trop tôt ? Ces questions sont normales, et chaque famille vit ce passage à sa manière.
Loin d’être un événement à redouter, cette étape marque souvent le début de l’autonomie progressive de l’enfant, tout en renforçant la confiance de chacun. La clé ? Accompagner la séparation sans précipitation, dans le respect du rythme de bébé… et celui des parents !
Pourquoi les premières séparations peuvent être difficiles ?
Dans les premiers mois, bébé ne fait pas de distinction entre sa propre personne et celle de ses figures d’attachement. Vers 8-10 mois, il traverse une phase dite de l’angoisse de séparation : il comprend que la personne qui prend soin de lui peut partir… mais ne sait pas encore qu’elle reviendra toujours. D’où des pleurs, des réactions vives, et parfois une appréhension chez les parents de voir leur enfant en détresse. C’est une étape tout à fait normale du développement, qui mérite d’être accompagnée sans dramatiser.
Pour les parents, la difficulté vient souvent du sentiment de lâcher prise, d’avoir peur qu’on ne saura pas répondre aux besoins de bébé aussi bien qu’eux, ou de la culpabilité à l’idée de « laisser » son enfant.
Bien préparer la séparation : l’art de l’anticipation
- Parlez-en progressivement à bébé dès qu’il commence à comprendre le sens des mots : évoquez les lieux, les personnes qui seront là, le temps de séparation (« Je reviens après la sieste », « Tu vas t’amuser avec Mamie pendant que je travaille »…).
- Familiarisez-le avec son lieu d’accueil grâce à des visites courtes, en restant d’abord avec lui, puis en sortant quelques minutes.
- Dotez-le d’un « objet transitionnel » (le fameux doudou, lange porté dans votre décolleté, petit jouet familier) porteur de votre odeur ou d’un souvenir rassurant.
- Impliquez la personne relais : confiez-lui les rituels de bébé (chanson du soir, tétine spéciale, habitudes alimentaires). Plus l’environnement sera familier, plus la séparation sera douce.
Le jour J : que dire, que faire ?
- Expliquez avec des mots simples la situation, même si bébé ne comprend pas tout : « Papa/maman part travailler, et reviens te chercher après la collation. »
- Restez serein·e autant que possible : bébé capte vos émotions. Un départ en larmes accentue son stress. Montrez-lui que tout va bien, que cette séparation n’est pas une « épreuve ». Un sourire rassurant, une voix douce valent tous les discours.
- Dites toujours au revoir : ne partez pas en douce ! La tentation de filer pendant qu’il joue est grande, mais cela peut accentuer la crainte de l’abandon. Un vrai au revoir, aussi bref soit-il, pose les bases de la confiance.
- Établissez un petit rituel de séparation (bisou spécial, comptine, « check secret »). Cela signalera la transition et pourra apaiser les séparations suivantes.
Les réactions de bébé : que faut-il savoir ?
Tous les bébés ne réagissent pas de la même façon : certains pleurent, d’autres sont indifférents sur le moment mais manifestent leur malaise plus tard (difficulté au coucher, colère, repli). D’autres alternent les phases. Ce n’est pas le « résultat » du comportement parental, mais le reflet de son évolution psychologique.
- Les pleurs au moment du départ n’annoncent pas forcément une journée difficile : bien souvent, ils disparaissent après quelques minutes.
- L’indifférence peut être trompeuse : accueillir ensuite des émotions qui remontent le soir est normal.
- Le refus de se séparer peut réapparaître après une période plus facile, notamment lors des transitions (maladie, vacances, nouveauté familiale).
Dans tous les cas, gardez confiance : ce passage est transitoire et s’adoucit progressivement avec des repères stables et l’assurance que rien n’altérera le lien parent-enfant.
Gestes concrets pour un moment plus doux pour tous
- Autorisez-vous à rester quelques minutes les premiers temps si le contexte le permet, puis partez en rassurant sur la durée de l’absence (en la reliant à des moments que bébé connaît : « Je reviens après la sieste »).
- Confiez un objet avec votre odeur, glissé dans le doudou ou sous sa joue pour la sieste chez l’assistante maternelle.
- Misez sur la répétition : mieux vaut de courtes séparations échelonnées qu’une grande coupure du jour au lendemain.
- N’hésitez pas à appeler ou envoyer un message à la nounou ou aux proches pour prendre des nouvelles (sans multiplier les contacts devant bébé, pour ne pas nourrir son inquiétude).
- Prévoyez un temps de retrouvaille au retour : câlin, jeu, ou raconter la journée en valorisant ses découvertes (« Tu faisais quoi quand je suis parti·e ? »).
Pièges à éviter lors des premières séparations
- Disparaitre sans prévenir : au risque de renforcer l’angoisse d’abandon.
- Multiplier les allers-retours : s’attarder, revenir plusieurs fois, risque d’alimenter la confusion.
- Dénigrer le chagrin de bébé (« Arrête de faire ton cinéma », « Ce n’est rien ») : légitimez l’émotion, accompagnez-la, mais ne cédez pas pour autant à la tentation de reporter la séparation à chaque crise.
- Critiquer la personne qui prend le relais devant bébé : cela peut le mettre en position de choisir un camp et lui donner à croire que la situation n’est pas sûre.
Comment gérer les émotions parentales ?
Se séparer de son bébé, même temporairement, touche au cœur de la parentalité. Il n’est pas honteux d’éprouver de la tristesse, de l’inquiétude ou même de la jalousie. N’hésitez pas à en parler à l’autre parent, à l’entourage, ou à une professionnelle de la petite enfance si les émotions débordent.
Misez sur l’entraide : un relais bien préparé, une communication directe avec la personne qui garde bébé, et une écoute bienveillante de votre propre ressenti favorisent la sérénité de toute la famille.
Quand s’inquiéter ? Que faire en cas de séparation très difficile ?
Il est rare qu’une difficulté à la séparation ne s’apaise pas avec le temps et la patience. Cependant, il peut être utile d’être vigilant si :
- Les pleurs persistent durant de longues heures, plusieurs jours d’affilée ;
- Bébé refuse de s’alimenter, de dormir ou d’être approché par toute autre personne ;
- Des signes inhabituels apparaissent (repli, apathie, refus de jouer, etc.)
Dans ce cas, un échange avec un médecin ou un professionnel de la petite enfance sera utile pour vérifier que tout va bien et ajuster l’accompagnement si besoin.
Checklist rapide pour des séparations réussies
- Préparez bébé (lieu, personnes, horaires) sur plusieurs jours.
- Privilégiez les rituels (chant, objet transitionnel).
- Ne partez jamais sans dire au revoir clairement.
- Montrez confiance et sérénité à bébé au moment du départ.
- Aménagez un temps câlin au retour pour valoriser les retrouvailles.
- N’hésitez pas à solliciter le soutien d’un proche ou d’un professionnel si le stress devient trop pesant.
Témoignages : comment d’autres familles ont vécu les premières séparations
- « Le jour de la première séparation avec ma fille a été plus difficile pour moi que pour elle. Sa nounou nous a proposé de rester un quart d’heure, puis je l’ai laissée pour une petite heure. Quelques pleurs, mais au retour, elle riait dans les bras de sa nouvelle copine. » (Maud, maman d’une petite de 10 mois)
- « On a créé un petit jeu avec mon fils chaque matin avant de partir à la crèche. Il choisit le bisou « magique » du jour (sur le front, le nez, la main), ça fait sourire tout le monde et lance la journée plus sereinement. » (Guillaume, papa solo)
- « Lorsqu’on a confié notre bébé pour la première fois à ses grands-parents, j’ai préparé un mini-album photo maison avec nos visages, glissé à côté de son doudou. Les grands-parents adoraient le feuilleter avec lui, et ça nous rassurait tous ! » (Nadia et Fabrice, jeunes parents)
En résumé : ce qu’on gagne à apprivoiser les séparations dès le plus jeune âge
- Bébé apprend que les séparations font partie de la vie, mais que les retrouvailles sont toujours au rendez-vous.
- Les parents favorisent l’autonomie, tout en consolidant le lien de confiance.
- La famille apprend à s’adapter, à demander de l’aide et à cultiver la bienveillance envers ses propres émotions.
- Chaque expérience, même imparfaite ou chargée d’émotions, prépare à de nouveaux défis familiaux à venir : accueil chez l’assistante maternelle, rentrée en maternelle, nuits chez les copains…
Pour aller plus loin, retrouvez sur sortiesenfamille.fr nos fiches-outils, listes de rituels et témoignages concrets pour accompagner les premiers pas d’autonomie de votre bébé… en douceur, et avec confiance !