Comment aborder la question des écrans à la maison ?
Véritables compagnons du quotidien, les écrans (télévision, smartphone, tablette, console, ordinateur…) se sont installés dans presque tous les foyers français. Films du soir, jeux vidéo entre amis, recherches pour les devoirs, messages entre ados : difficile aujourd’hui de s’en passer ! Pourtant, si leur place est grandissante, leur usage n’est pas toujours paisible. Discussions, tensions autour des temps d’écran, règles difficilement tenues ou négociées… Face à ces enjeux, comment instaurer un dialogue serein en famille et trouver un équilibre réaliste et durable, sans basculer dans la culpabilité ou la surveillance permanente ?
Comprendre les enjeux : pourquoi tant d’attention autour des écrans ?
La question des écrans soulève souvent des inquiétudes : effets sur la santé, impact sur le sommeil, difficultés de concentration, exposition à des contenus inadaptés ou risques de cyberharcèlement. Mais les écrans peuvent aussi être un tremplin : source d’apprentissages, créativité, échanges, découverte du monde. L’essentiel est d’en parler sans tabou pour aider chaque membre de la famille à se situer, entre plaisir, besoin et responsabilités.
- La diversification des usages : aujourd’hui, les écrans ne sont plus réservés à la télévision ; ils accompagnent les loisirs, l’école, les relations sociales…
- Une frontière floue entre utile et ludique : regarder des documentaires, chatter, jouer, s’informer… tout cela passe souvent par les mêmes appareils.
- Des besoins différents selon l’âge : jeux d’éveil pour les tout-petits, devoirs pour les écoliers, réseaux sociaux chez les ados, outils de détente ou professionnel pour les adultes.
État des lieux à la maison : dialoguer plutôt que compter chaque minute
Avant de fixer des règles, il est essentiel de comprendre ce que chacun fait vraiment devant ses écrans. Un exercice simple : faites, en famille, l’inventaire des usages sur une semaine. Quels sont les écrans présents à la maison ? Quand et comment sont-ils utilisés ? Par qui ?
- Temps d’écran individuel ou partagé ? (ex : film en famille, jeu vidéo entre amis, devoir en visioconférence)
- À quels moments de la journée ? (matin, soir, week-end…)
- Dans quelles pièces ? (salon, chambre, cuisine…)
Cet état des lieux, sans jugement, permet de visualiser les points forts, les excès éventuels, et de poser la première brique du dialogue.
Dialoguer (vraiment) sur les écrans : ouvrir l’écoute et la réflexion
- Miser sur la transparence : expliquez pourquoi la question préoccupe (pour la santé, la fatigue, les résultats scolaires, la qualité du sommeil…). Laissez chaque membre s’exprimer sur ce qu’il aime, ce qui le dérange ou l’inquiète.
- Valoriser le positif : l’objectif n’est pas d’interdire, mais d’encourager des usages créatifs, éducatifs ou de détente adaptée à chacun.
- Écouler les frustrations : reconnaître qu’il est difficile pour petits et grands de lâcher leur téléphone ou console, surtout quand les amis sont connectés ou que “tout le monde” a le droit d’y être.
Discutez : quels sont les écrans à la maison ? Quelles applications sont utilisées, pour quoi faire ? Comment se sent-on après une longue session devant un écran ? Plus apaisé, énervé, fatigué ? Ces échanges nourrissent la réflexion collective et évitent les sanctions arbitraires.
Construire des règles adaptées : co-construire, expliquer et ajuster
Aucun cadre n’est universel : chaque famille doit inventer ses règles, selon son mode de vie, l’âge des enfants, et le contexte (figure monoparentale, garde alternée, horaires atypiques…). Cependant, voici des principes qui fonctionnent :
- Impliquer tout le monde : invitez enfants et ados à discuter des règles, proposez-leur de prendre des responsabilités (ex : choisir ensemble le moment du film ou de la console, définir le nombre d’épisodes à regarder, etc.).
- Rédiger des règles simples, claires et visibles : affichez-les dans la cuisine ou le salon ; cela évite les débats sans fin au moment de la négociation.
- Privilégier les repères stables : pas d’écran à table, pas d’écran le matin en semaine (avant l’école), limitation le soir avant le coucher… Adaptez en fonction de l’âge !
- Donner l’exemple : les adultes aussi peuvent oublier leur smartphone pendant le repas…
Idées de rituels pour mieux vivre le temps d’écran
- Le « minuteur astucieux » : pour les enfants, créez un rituel : définir ensemble avant de lancer le dessin animé combien de temps il va durer, puis enclencher un minuteur visuel et… prévenir 5 minutes avant la fin pour anticiper la frustration !
- Le « joker exceptionnel » : chaque semaine, chaque membre a droit à un joker pour un temps d’écran supplémentaire négociable en cas d’occasion spéciale.
- Le « tableau d’usages » : invitez chacun à noter à quoi il a utilisé son écran cette semaine : apprentissage, jeux, détente, création, contacts… À discuter une fois par semaine pour revaloriser les temps utiles.
- Un temps de partage familial : transformer les écrans en activité partagée : séance cinéma maison, jeu vidéo coopératif ou quiz en famille.
Quel temps d’écran recommander ? Des repères, plutôt que des dogmes
- Avant 3 ans : priorité au jeu libre, à l’imitation et au contact humain. Les écrans ne sont pas nécessaires à cet âge sauf communication à distance exceptionnelle (visioconférence courte avec la famille éloignée).
- Entre 3 et 6 ans : une courte période par jour, idéalement des dessins animés ou jeux adaptés, toujours accompagnée d’un adulte, et jamais pour se calmer pendant une crise.
- Après 6 ans : privilégier des programmes choisis, expliquer les dangers (publicité, peurs, contenus non adaptés), instaurer des plages horaires bien définies.
- Chez les ados : dialoguer autour des réseaux sociaux, favoriser une autonomie progressive sous supervision, rappeler les règles de sécurité en ligne et d’usage responsable.
L’essentiel : privilégier des temps d’écran de qualité, sans nuire au sommeil, au mouvement, à la vie sociale et aux temps en famille.
Erreurs courantes et pièges à éviter
- Interdire brutalement les écrans : cela génère frustrations, contournements, voire conflits inutiles. Mieux vaut expliquer, co-construire et ajuster si besoin.
- Ne pas montrer l’exemple : si les adultes consultent leur smartphone à table ou le soir, difficile d’attendre une autre attitude des enfants…
- Transformer chaque discussion en négociation permanente : d’où l’intérêt d’un cadre clair, qui évolue, mais reste compréhensible pour l’enfant.
- Laisser les écrans régler les problèmes : éviter d’utiliser la tablette pour calmer une colère ou occuper un enfant systématiquement.
- Mettre une télévision ou un ordinateur dans la chambre : cela rend les contrôles plus difficiles et encourage l’usage secret ou nocturne.
- Oublier d’aborder les risques : prévenir les dangers (cyberharcèlement, achats in-app, contacts douteux) en favorisant le dialogue ouvert plutôt que la menace.
Check-list pratique pour rééquilibrer écrans et vie de famille
- Inventoriez ensemble les écrans présents à la maison, et à quoi ils servent vraiment.
- Affichez des temps sans écran (matin, repas, fin de journée).
- Planifiez chaque semaine une activité en famille 100 % sans écran (balade, jeu de société, atelier cuisine…)
- Introduisez un « jour sans écran » régulier (par exemple le dimanche matin) pour essayer d’autres plaisirs.
- Discutez régulièrement des contenus vus en ligne, sans jugement.
- Misez sur l’humour et la créativité pour transformer rituels et limites en moments de complicité.
- Souvenez-vous qu’aucun parent n’est parfait : ajustez, demandez de l’aide, faites-vous confiance !
Témoignages de familles : réussir à parler des écrans avec les enfants et ados
- « On a mis en place une règle : pas d’écran le matin, le week-end compris. Les premières semaines, ça râlait… mais maintenant, on prend le temps pour un vrai petit-déjeuner, on discute – et étonnamment les enfants sont de meilleure humeur ! » (Aurélie, maman de deux enfants de 7 et 10 ans)
- « On discute chaque vendredi soir de ce qu’on a aimé regarder ou faire sur nos écrans dans la semaine. Ça ouvre le dialogue, parfois on découvre des vidéos drôles, de nouveaux jeux, et on parle beaucoup plus facilement du reste ! » (Jean, papa d’un ado de 13 ans)
- « J’avais peur de la console… Finalement, en jouant quelques fois avec mon fils, j’ai compris ce qu’il y aimait, et lui a accepté d’arrêter plus facilement quand je lui rappelle la règle commune. » (Sophie, maman solo d’un garçon de 9 ans)
Sources d’inspiration pour des activités alternatives
- Mettez en place des rendez-vous hebdomadaires sans écran autour du jeu (soirée jeux de société, cuisine partagée, atelier bricolage).
- Osez une « météo des envies » en famille : chacun propose une activité pouvant remplacer un temps d’écran (balade en forêt, écrire une histoire, organiser une mini-pièce de théâtre…).
- Utilisez le numérique pour lancer des défis créatifs : fabriquer un film maison, inventer une playlist, prendre en photo la plus belle création en Lego… puis couper l’écran pour passer à l’action !
En résumé : avancer pas à pas vers un usage serein et réfléchi des écrans
- Le dialogue prévaut sur la répression : n’attendez pas la crise pour en parler !
- Co-construisez le cadre avec les enfants et ados, pour responsabiliser plutôt que contraindre.
- Affichez des règles claires, adaptées et révisables, pour éviter les conflits.
- Misez sur la qualité plutôt que la quantité, favorisez les temps de partage et gardez des espaces de déconnexion pour tous.
- Chaque famille progresse à son rythme – faites-vous confiance et ajustez au fil des saisons !
- Retrouvez sur sortiesenfamille.fr d’autres checklists, idées de routines, témoignages et outils pour dialoguer sans culpabiliser, et avancer ensemble vers des usages équilibrés… sans prise de tête !