Parentalité

Soutenir les émotions de son enfant : quels outils utiliser ?

Par Maxime
6 minutes

Comprendre les émotions des enfants : la base d’un accompagnement réel


Les enfants vivent chaque jour un déferlement d’émotions : joie intense, colère soudaine, tristesse ou peurs parfois impressionnantes pour l’adulte. Savoir identifier et accompagner ces émotions est crucial pour leur équilibre et leur développement affectif. Mais comment soutenir réellement son enfant plutôt que de minimiser, détourner ou étouffer ce qu’il ressent ? Il existe de nombreux outils concrets, adaptés à tous les âges, pour aider son enfant à décoder, exprimer et réguler ses émotions.


Pourquoi accompagner les émotions de son enfant ?


  • Pour développer la confiance en soi : Un enfant qui se sent compris et entendu apprend qu’il a le droit d‘éprouver des émotions, et non de les subir ou de les refouler.
  • Pour faciliter les apprentissages : Sur le plan scolaire et social, mieux gérer ses émotions aide à se concentrer, à écouter et à coopérer avec les autres.
  • Pour prévenir l‘anxiété et les débordements : Un enfant qui sait nommer et exprimer ses émotions aura moins tendance à exploser ou à se renfermer.
  • Pour renforcer le lien familial : Accompagner l‘émotion, c’est aussi un temps de partage authentique, qui rassure et nourrit la relation parent-enfant.

Première étape : accueillir sans jugement


Avant d‘agir, il est essentiel de valider ce que l’enfant ressent, sans minimiser ni corriger. Entendre une émotion (« Tu es en colère parce que tu aurais voulu continuer de jouer », « Tu as peur car c’est la première fois ») permet déjà d‘apaiser la tension.


  • Laissez l‘émotion exister : Évitez les « ne pleure pas », « ce n’est rien », même s’ils partent d’une bonne intention. Privilégiez : « C’est dur pour toi en ce moment ? », « Je vois que c’est important pour toi ».
  • Montrez que vous êtes présent : Parfois, un simple câlin ou une main posée suffit à contenir le trop-plein.
  • Acceptez ses mots et ses gestes : Laissez l’enfant mettre ses mots, même maladroits : ne reformulez qu’après, si besoin.

Des outils simples pour aider l’enfant à identifier ses émotions


  • La météo des émotions : Proposez, le soir ou au retour de l’école, de dessiner un soleil, un nuage, de la pluie… pour symboliser son humeur du jour. Cela aide à ouvrir la discussion facilement, sans chercher la « bonne » réponse.
  • La roue des émotions : Fabriquez avec votre enfant une roue illustrée (joie, colère, peur, tristesse, surprise, dégoût, etc.). Invitez-le à pointer l’émotion dominante avant un devoir, un rendez-vous, ou le soir. Outil ludique, il encourage l’expression verbale chez les plus jeunes.
  • Les cartes ou pictogrammes : Utilisez des cartes représentant différentes émotions (faciles à imprimer ou à dessiner). Demandez : « Laquelle tu ressens là, maintenant ? »
  • Le livre-compagnon : Constituez une petite bibliothèque de livres jeunesse sur les émotions (colère du petit dragon, tristesse chez le hérisson…)
    La lecture partagée met à distance, elle dédramatise et suscite l’identification.

Comment aider son enfant à exprimer ce qu’il ressent ?


  • Encourager la verbalisation, à son rythme : Plutôt que d’interroger, proposez : « Tu as le droit d’être en colère/triste… Je suis là si tu veux en parler ou si tu as juste besoin d’un câlin ».
  • Le dessin ou le jeu symbolique : Laissez à disposition des feuilles, des crayons, de la pâte à modeler pour que les non-dits puissent s’exprimer autrement. Demandez : « Veux-tu me montrer avec un dessin ? »
  • Jeux de rôle avec peluches ou figurines : Jouez des scénarios (« Monsieur nounours s’est fâché », « la petite voiture a peur du noir ») pour explorer les émotions à travers les jouets. L’enfant se projette plus volontiers dans le vécu d’un autre que dans le sien.

Des outils pour calmer et réguler l‘émotion


  • La respiration consciente : Exercez-vous ensemble à inspirer lentement, souffler fort comme pour gonfler un ballon ou souffler sur une bougie imaginaire. Cette astuce fonctionne dès 2-3 ans, surtout si on la transforme en jeu.
  • Le coin refuge (calme) : Plutôt qu‘une sanction isolante, proposez un petit espace cocoon (coussins, doudous, lumières douces) où l‘enfant peut se poser pour revenir au calme, sans y être « puni ».
  • La boîte à outils personnalisée : Dans une boîte ou une trousse, mettez quelques objets ressource : boule anti-stress, gomme, petit carnet de dessin, livre préféré, bille sensorielles… Il pourra piocher selon son besoin.
  • Le rituel du câlin ou du souffle apaisant : Proposez un geste ritualisé dès l‘apparition d‘une émotion forte : étreindre son coussin préféré, souffler « ses soucis » dans une paille, faire un bisou magique sur la main.

Favoriser la compréhension des émotions dans la vie de famille


  • Verbalisez vos propres émotions : Dire « Je suis fatigué(e), donc un peu moins patient(e) ce soir » ou « Je suis contente, car tu es rentré à l’heure » montre aux enfants que les adultes aussi ressentent, et qu’il est sain de l’exprimer.
  • Mettre en valeur l’empathie : Demandez : « Et si c’était toi ? », « Comment pourrais-tu réconforter ton frère / ta sœur ? »
  • Dédramatiser l’intensité des sentiments : Rappeler que toutes les émotions sont légitimes, mais que tous les comportements ne le sont pas (« On a le droit d’être fâché, mais pas de jeter »).

Checklists et routines pour soutenir au quotidien


  1. Rituel météo émotion le matin : chacun partage s’il est « pluie, soleil, éclaircie ». Un bon point de départ pour prévenir les tensions.
  2. Mini-point émotion après l’école : « Ta journée était comment, dans ton cœur/ta tête ? »
  3. Coin retour au calme / câlin en accès libre
  4. Boîte à émotions à remplir (dessins, mots, petits objets symboliques) selon les humeurs
  5. Pause respiration ou visualisation relaxante dès qu’une émotion monte : inspirer, souffler longuement 5 fois.
  6. Valoriser l’effort d’expression (pas seulement le calme revenu) : « Merci de m’avoir dit que tu étais triste/que quelque chose t’a mis en colère »

Témoignages de parents : l’accompagnement émotionnel, en vrai


  • « Mon fils criait souvent pour un oui ou un non. La roue des émotions nous a aidés à parler différemment. Désormais, il va chercher la carte ‘colère’ et on en discute. Le climat s’est apaisé. » (Rachel, maman d’un CP)
  • « Nous avons un coin ‘calme’ avec des livres et son doudou. Ma fille s’y réfugie d’elle-même, puis revient de parler quand elle est prête, sans que j’aie à intervenir. » (Ludovic, papa d’une GS)
  • « Avant le coucher, on fait la météo du jour. Parfois, mon ado glisse une émotion dans la ‘boîte à ressentis’ au lieu d’en parler. Ça le libère, même sans mot. » (Sophie, maman d’un collégien)

Erreurs fréquentes à éviter absolument


  • Minimiser ou nier l’émotion : « Ce n’est pas grave », « Arrête, tu fais des histoires pour rien » rompent la confiance.
  • Confondre émotion et comportement : Dire « Tu es méchant » au lieu de « Ce que tu as fait n’est pas acceptable » peut générer de la honte ou du repli.
  • Menacer ou punir pour une émotion exprimée : Cela apprend à l’enfant à cacher ce qu’il ressent plutôt qu’à le réguler.
  • Monopoliser la parole : Laisser le temps de l’écoute, même si l’enfant ne sait pas tout nommer, vaut mieux que d’interpréter à sa place.
  • N’attendre que du calme ou du « sage » : Un enfant vivant est un enfant traversé par des tempêtes émotionnelles : mieux vaut un trop-plein exprimé qu’une émotion enfouie.

Des outils qui font la différence : à intégrer à votre quotidien


  • Livres jeunesse sur la colère, la peur, la jalousie – adaptés à chaque âge (bibliographie sur sortiesenfamille.fr)
  • Sets de cartes d’émotions à fabriquer ensemble : dessiner, coller ou imprimer et plastifier
  • Création d’une boîte de retour au calme : y glisser l’objet préféré, un dessin, une image réconfortante
  • Affichage d’une roue des émotions ou d’une météo dans la cuisine/salon
  • Vidéo ou audio de relaxation à écouter, spécialement conçue pour les enfants
  • Coloriages anti-stress ou mandalas familiers

En résumé : accompagner les émotions, un pilier de la parentalité bienveillante


  • Soutenir les émotions de son enfant, ce n’est pas supprimer les tempêtes, mais fournir des outils pour les traverser ensemble.
  • Valorisez la parole, le jeu, le geste ou le dessin : chacun exprime différemment ce qu’il sent.
  • L’installation de routines et l’accès à des ressources concrètes permet à l’enfant de grandir émotionnellement serein.
  • Pour aller plus loin, retrouvez sur sortiesenfamille.fr nos fiches pratiques, checklists de la météo émotion, bibliographies, rituels pour petits et grands, et des témoignages de familles en action pour nourrir la vie émotionnelle au cœur du quotidien !

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